Le vers emprunté à Charles Baudelaire donne la mesure. Les lecteurs ayant déjà découvert les créations d’Amalia Luciani sont déjà au courant, les autres sont prévenus, on n’est pas là pour voir la vie en rose.

Lors du premier conflit mondial, un peintre allemand se retrouve prisonnier au couvent de Corbara, il donne à entendre sa voix et celles de ses compagnons d’infortune… Sur les rives du Mississippi, où ne souffle pas   encore tout à fait le vent de liberté que porta la récente Guerre de Sécession, un boxeur lutte contre sa condition de champion de couleur… Dans un collège américain – ce pourrait être les fifties – un gamin détestable applique à sa manière de rudes préceptes religieux… Quoi encore? Un consommateur du futur dont on ne remplacera pas l’androïde féminin désormais obsolète; un vieux Redneck en proie à des zombies assoiffés de pétrole… Et toute une galerie de personnages ou d’évènements qui surgissent de contes cruels et désopilants qui,  de la réalité crue au fantastique le plus assumé, sondent essentiellement dans l’âme humaine, y cherchent la lumière et, indissociablement, y côtoient les ténèbres.

 

L’auteure nous embarque dans son univers, c’ est tranchant, on est téléporté à travers les milieux et les époques guidés par ce style décapant. Ici rien de superflu, on va à l’essentiel avec des images toujours génialement justes au service d’un humour caustique.

L’univers est sombre mais passée cette première impression, on est frappé par la place laissée aux émotions des personnages malgré les atrocités dont ils sont parfois coupables ou les milieux durs dans lesquels ils évoluent.

Ce recueil est le monde, violent et hideux parfois mais l’extrême sensibilité qui s’en dégage nous rappelle que l’on peut, même en ces temps troubles, trouver de l’amour partout, il suffit de vouloir le voir.

François Cucchi.