Lire ou relire l' Ami arménien d' Andreï Makine.

Andreï Makine, de l'Académie française, auteur sous son nom d'une œuvre considérable maintes fois couronnée (prix Goncourt, prix Goncourt des lycéens, prix Medicis pour Le Testament français en 1995, grand prix RTL-Lire pour La musique d'une vie en 2001, prix Prince Pierre de Monaco pour l'ensemble de son œuvre en 2005, prix Casanova pour Une femme aimée en 2013, prix mondial Cino Del-Duca pour l'ensemble de son œuvre en 2014) , est aussi l'auteur, sous le pseudonyme de Gabriel Osmonde, de plusieurs romans.

Dans l'Ami arménien, Andreï Makine se penche sur son adolescence au début des années 1970, et sur l’histoire de Vardan, son « ami arménien » qu’il n’a jamais effacé de sa mémoire. La phrase liminaire signifie à quel point leur rencontre l'a transfiguré.

"Il m'a appris à être celui que je n'étais pas"

 Vardan, cet adolescent fragile et bien plus mûr que ses condisciples, refuse le monde dans lequel il vit.

Le  jeune Makine, alors pensionnaire dans un orphelinat de Sibérie, est bouleversé par les réactions de son compagnon.

Le courage de ce dernier et son anti-conformisme dépassent "l'ordre du monde", éclairant un quotidien rude.         

« Tu veux que je touche le ciel ? Comme ça, avec mes doigts… »

Je secouai la tête, laissant entendre un esclaffement de défi. Vardan leva sa main et se figea pendant quelques secondes, le temps que je puisse apprivoiser sa vérité. Voyant que je ne comprenais toujours pas, il expliqua sans réussir à dissimuler sa propre sidération tant le fait lui paraissait incroyable : « Là, à notre hauteur, c’est le même air qu’au milieu des nuages, n’est-ce pas ? Donc, le ciel commence à partir d’ici, et même plus bas, tout près de la terre – en fait, sous nos semelles ! » (...)  En grandissant, je devinerais la vraie signification de ce geste. Vardan me faisait découvrir bien davantage que s’il avait voulu me surprendre par une amusante curiosité atmosphérique. Il parlait, sans pouvoir vraiment la définir, d’une existence nouvelle où notre pensée échappait à l’ordre de ce monde et nous offrait une autre manière de vivre et de voir. Notre raison s’y opposait, avec tout son brutal réalisme, mais une volonté mystérieuse, en nous, ne demandait qu’à pouvoir explorer la légèreté de ce ciel qui venait de s’ouvrir sous nos pas."

Ce roman autobiographie offre bien souvent des pages vibrantes, parfois poétiques.

 Makine se sent devenir différent, comme "quelqu'un qui aurait le don d'éprouver des émotions nuancées et subtiles- incomparables avec les réflexes de brutalité et d'endurance nécessaires à la survie d'un jeune adolescent dans nos rudes parages sibériens" 

En suivant les deux adolescents, on est embarqué dans un quartier déshérité de Sibérie, appelé « Le Bout du diable », où réside une petite communauté d’Arméniens ( dépendants à l'époque de la République soviétique socialiste d'Arménie), venus soutenir leurs proches emprisonnés à 5 000 km de leur patrie, ayant " (....) pour toute biographie, la seule géographie de leurs errances".

 

 

Interview d'Andreï Makine à l'occasion de la sortie de son livre "L'ami arménien"

Dans son poignant nouvel ouvrage, Andreï Makine, écrivain d'origine russe membre de l'Académie française, narre l'histoire de Vardan, son " ami arménien ".

Interview d'Andreï Makine à l'occasion de la sortie de son livre "L'ami arménien" Cliquez ici pour entendre l'interview.